GRASPOP METAL MEETING

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 22-23-24.06.2007  DESSEL (BE)

 

 

          70 groupes dont une quarantaine de poids lourds, 35000 fans sous des averses à répétition, trois jours à baigner dans des hectolitres de bonne bière. Avec l’édition 2007 du Graspop, la Belgique peut se targuer d’avoir accueilli le meilleur festival métal européen de l’année.

          2007 touche à sa fin. Et côté festivals, un simple coup d’œil dans le rétroviseur permet de dresser un bilan plus que positif. Le Wacken, avec ces 70000 entrées par jour, joue la carte de la quantité. Mais en matière de programmation, la Belgique l’emporte haut la main en coiffant l’Italie au poteau. Il ne fallait certes pas manquer les Gods of Metal à Milan. Il fallait surtout planter sa tente à Dessel où se tenait le Graspop Metal Meeting. Non contents d’avoir eu droit au meilleur menu de l’année, les fans avaient là une bière comme nulle part ailleurs. Quoi de mieux pour un metalhead ! Les moustaches parfumées au houblon façon trappiste, c’est ainsi que les  22, 23 et 24 juin, quelques 35000 personnes se sont déplacées chaque jour pour acclamer du lourd en haut de l’affiche : Aerosmith, Iron Maiden et Ozzy Osbourne. Comme si cela ne suffisait pas, les seconds rôles se sont révélés meilleurs ou presque. Du bon à tous les étages, voilà pourquoi le Graspop 2007 se hisse au rang de grand millésime.

         

          VENDREDI : Pas facile d’ouvrir un festival comme le Graspop, qui plus est sur la grande scène. Et bien les anglais de Fastway s’en sont tirés avec les honneurs. Il est 14h30, les festivaliers traînent déjà dans les boutiques ou devant les bars. Soudain les Marshall sonnent le départ de la course aux décibels. Il fleure comme un parfum de rock seventies à la manière de Led Zep. On ne pouvait pas mieux commencer. Changement radical avec le métal futuriste de Static X. On nage en plein univers neo, un avant goût de Korn en quelque sorte. Les Californiens lancent la locomotive avec Cannibal et la réponse ne se fait pas attendre dans le public : pogo général. Mais ils sont aussi là pour la promo, en témoigne cette "dirty fucking song" du nouvel album : Destroyer. La foule saute sur les rythmes hypnotiques de Shit in a bag. Une bonne mise en bouche malgré la pluie qui s’en mêle déjà. Côté chapiteau, Epica se défend bien. Séquence envoûtement avec Simone Simons, la déesse aux cheveux de feu. Sous le Marquee I, quelque 10000 fans ont droit à Façade Of Reality, Seif Al Din, ou Cry For The Moon. Mais aussi à un gros bonus : trois morceaux  du dernier album, et ce trois mois avant sa sortie. Indigo, The Obsessive Devotion et Menace Of Vanity sont sur la setlist. La première grosse baffe arrive sans prévenir sur la grande scène avec… Papa Roach. A voir le public chanter Scars, Last Resort ou To be loved d’une seule voix, on comprend vite que le groupe de Sacramento est en grande forme. Il est vrai que la rampe  installée au milieu du public pour Aerosmith ouvre des possibilités sans fin au jeu de scène du chanteur Jacoby Shaddix. Une tout autre ambiance attend les amateurs de grands frissons sous le Marquee II. Le chapiteau prend des allures de fjords dès les premières notes d’Amorphis. Le groupe finlandais a définitivement tiré un trait sur sa période entre doom progressif et death metal mélodique. Au Graspop, on regrettera donc beaucoup l’absence du légendaire Black Winter Day. On se résignera en appréciant les excellentes compos des derniers albums plus atmosphériques, voir psychédéliques. Au final un concert plutôt jovial introduisant la touche viking qui sera omniprésente pendant le festival. Passons rapidement sur Within Temptation. La présence scénique de Sharon Den Adel n’efface pas le manque d’énergie. Peut-on encore ici parler de métal ? Chris Cornell a pris son temps pour remettre les pendules à l’heure. Ouf, il n’a pas oublié ses origines : le grunge. Excellent moment quand retentissent les premières notes de Black Hole Sun. Cerise sur le gâteau avec Rusty Cage, un autre incontournable de l’époque Soundgarden. De quoi chauffer agréablement l’assistance pour Aerosmith. Mais avant le grand tour, un passage par le Marquee II avec d’abord un Celtic Frost un poil poussif. Le bassiste charismatique ne sauve pas ce concert tout juste potable. Même endroit mais une heure plus tard, les fans assistent au naufrage de Type O Negative. Un véritable gâchis révélateur d’une tournée visiblement très mal préparée. Peter Steele empêtré dans des problèmes techniques, les New-yorkais donnent là le moins bon concert de tout le festival. En même temps, à l’autre bout du site, sous le Marquee I, Joe Satriani fait un carton. Le public, plus âgé, connaît par cœur le répertoire. Côté son, pas de surprise, la production est léchée : pas un pain, le jeu est fluide. Une leçon de virtuosité. À la basse, Dave Larue assure un groove imparable qui vient pimenter une batterie il est vrai très boite à rythme. Avec des classiques comme Flying In a Blue Dream, Surfing With The Aliens ou Always With Me Always With You, la prestation de ce grand nom de la six cordes frise avec la perfection…Ce fût loin d’être le cas d’Aerosmith. L’introduction, sorte de rétrospective en zapping des clips du groupe, endort la foule comme affalée dans son fauteuil devant MTV. Et ce que l’on craignait arrive : Dream On, Cryin, Sing For The Moment, I Don’t Want To Miss A Thing, Jaded… que de slows et balades pour un festival métal ! Le concert avait pourtant bien commencé avec Love In An Elevator, Ragdoll, Living On The Edge, Draw The Line. Sans oublier Walk This Way en rappel. Heureusement, avec les groupes de cette trempe, l’interprétation est sans concession. Steven Tyler chante comme un dieu, porté par des musiciens haut de gamme avec mention excellent pour Joe Perry et ses solos à tout va. On reste tout de même sur sa faim. Pas de panique voilà le plat de résistance. Retour sous un Marquee I gonflé à bloc pour ce qui fut sans conteste le meilleur concert de cette première journée : Blind Guardian. Des compos en acier trempé mêlant mélodies médiévales et heavy speed symphonique, voilà de quoi rassasier des légions de warriors. Epique, c’est le mot qui convient. Les Allemands ont comblé leurs fans avec un retour dans le temps, rien que des hymnes à l’heroic fantasy. On chante haut les chœurs pour accompagner Hansi Kursch. The Bard’s Song In The Forest, Mirror Mirror, Script For My Requiem : ça galope dur à la double grosse caisse. La chevauchée continue avec Time Stands Still, Quest For Tanclorn, Lord Of The Rings et surtout Bright Eyes. Gros mouvement de foule sur Welcome To Dying qui a visiblement fédéré tout l’auditoire. Peut-être le point d’orgue de ce concert tout en puissance. Fantastiche !

         

          SAMEDI : Le deuxième jour du Graspop 2007 s’annonce bien plus métal. A part le hard rock de bonne facture d’une certaine Lauren Harris, la fille du bassiste de qui vous savez, on attaque à la hache avec Lamb Of God. Là, sur la mainstage, ça fait très mal. Depuis la disparition de Dimebag Darrell, le power métal n’a pas retrouvé de messie. Pourtant le saint Père dans son infinie bonté nous a envoyé cet agneau qui a tout sauf de la peluche. Puissant, brutal et carré, voilà un combo qui avoine sévèrement dans les chaumières. Le public reprend en chœur You've Got Something To Die For, Hourglass, Laid To Rest. Un magistral wall of death et des circle pits à foison finissent de camper un décor infernal. Les guitares s’en payent une grosse tranche avec Walk With Me In Hell. La damnation a parfois du bon. Descente d’Adrénaline avec Sirenia sous la Marquee I. Le son ne suit pas. Les premiers rangs sont littéralement inondés d’infra basses. Inaudible. Même impression mitigée sous le Marquee II. Tous les ingrédients sont réunis pour que le show de Legion Of The Damned soit réussi. Seulement voilà, il leur manque le truc qui fait la différence. Surtout, le niveau de violence est toujours le même si bien qu’on fini par prendre ça pour une berceuse et… bailler. Retour devant la grande scène pour un très grand moment. On ne s’y attendait pas. Après avoir touché le fond, c’est à dire la dope et tout ce qui va avec, beau retour de Life Of Agony. Et dire qu’à la fin des années 90 on ne donnait pas cher de leur peau… Il fallait les voir au Graspop pour comprendre que le groupe a surmonté ses démons et demeure une bête de scène. Ce fut incontestablement une prestation remarquée avec un Keith Caputo en très grande forme, toujours aussi charismatique et totalement barré. Le concert n’est pas terminé qu’à deux pas de là, sous le Marque I, ça gronde méchamment avec  I'm Cum Blood, Fucked With a Knife ou Hammer Smashed Face. 17h30, c’est l’heure de la boucherie : Cannibal Corpse envoie la sauce. Sans surprise la caisse claire joue les machines à coudre et les paroles sont incompréhensibles. Mais quelle importance ? L’idée, ici, c’est bien de se détruire les cervicales non? Les oreilles déjà bourdonnantes, les festivaliers arrivent de toutes parts pour se masser devant la mainstage. L’après midi touche à sa fin, le grand moment de communion approche. Religieusement, des dizaines de milliers d’adeptes viennent acclamer le groupe qui, mine de rien, est quand même à l’origine du hevy metal. Car Heaven And Hell, ne pinaillons pas, c’est Black Sabbath avec Ronnie James Dio au chant. Point barre, même si Vinnie Appice remplace Bill Ward à la batterie. Le décor façon cimetière : voilà, ça c’est heavy ! Pesant comme il se doit, le groupe s’est immédiatement attiré les foudres du ciel. La plus grosse douche de ces trois jours s’est abattue dès le troisième morceau. Mais après l’enfer, le paradis : retour du soleil et le public adhère. Puissant avec Computer God, Mob Rules et The Devil Cried, le groupe se fait planant avec Children Of The Sea ou Falling Off The Edge Of The World, et se lâche avec Die Young ou Neon Knight. Dio, toujours aussi théâtral, affiche un sourire qui fait plaisir à voir. Après tant d’années au service du rock, l’envie de chanter est toujours là. Grand moment d’osmose avec les fidèles pour le forcément très attendu titre phare Heaven And Hell.  « Ooooooooh, ooh ooh oooooh… », tout le monde connaît la suite. Le tempo est soudain doublé, Geezer Butler fait vrombir sa basse à en couvrir le tonnerre qui gronde encore au loin. Tony Iommi se fend de solos de légende. C’est maintenant une cascade de riffs ancestraux qui dégringole sur l’auditoire. Le meilleur concert depuis le début du festival. Retour au Marquee I. De groupe de doom gothique né à la fin des années 80 et qui s’est fait connaître avec notamment les albums Astral Sleep et Clouds, les Suédois de Tiamat ont complètement changé de cap. Au Graspop ils ont donc honoré leur nouvelle réputation de groupe de rock-métal atmosphérique. Avec des titres comme Brither ThanThe Sun, la bande à Johan Edlund fait dans l’optimisme, entre Pink Floyd et Paradise Lost nouvelle mouture. Passer sur la mainstage après Heaven And Hell n’est pas un cadeau. En ce début de soirée, Korn à limité tout juste la casse. Et même si le bassiste porte un t-shirt d’Iron Maiden, c’est difficile d’adhérer. Il semble que l’époque neo soit définitivement révolue. Il est 22h, mieux vaut se presser sous le Marquee I pour un spectacle nettement plus violent : Dimmu Borgir. La bande à Shagrath joue fort et vite. Le groupe est galvanisé par un chapiteau plein à craquer. On sature rapidement. Il devient alors très difficile de regagner la grande scène. Là, certains ont passé la journée debout, accrochés aux barrières pour être dans les premiers rangs. Mais est-ce qu’Iron Maiden le vaut bien ? Oui mille fois oui. Les Anglais lancent l’assaut à 23h avec des titres du dernier album : A Matter Of Life And Death, These Colours Don't Run, Brighter Than A Thousand Suns. De quoi mettre en appétit un public qui explose dès que retentissent les classiques : Wratchild, The Trooper, Fear Of The Dark, Iron Maiden, Children Of The Damned, The Number Of The Beast, Run To The Hills. Le meilleur arrive pour le rappel : 2 Minutes To Midnight, The Evil That Men Do et surtout Hallowed Be Thy Name. Entre deux hymnes, et après avoir copieusement arrosé la Budweiser de "shit shit shit" pour mieux vanter les vertus de la bière belge, le charmeur de foules Bruce Dickinson réitère l’annonce faite à Bercy en novembre 2006 : Iron Maiden fera bien une tournée à l’été 2008 avec "un grand morceaux d’Egypte". On attend toujours les dates pour la France…

 

          DIMANCHE : Troisième jour et un point d’orgue pour ce Graspop 2007. Les brutes épaisses sont de sortie, des hordes de trashers et de vikings convergent à Dessel où la messe dominicale sera forcément païenne. Les festivités démarrent en trombe dès 11h30 avec Devil Driver. Le groupe de Dez Fafara ayant remplacé Bloodsimple la veille, c'est donc son deuxième show dans le week-end. Certains ne sont pas encore bien réveillés que les voilà déjà dans d’interminables circles pits. Gros son pour le p’tit déj’ et les festivaliers sont parés pour la dernière ligne droite. Kilts, biniou, violon irlandais, vielle à roue, cornemuse…Eluveitie marque une accalmie sous le Marquee I. Retour au temps de la guerre des Gaules pour un métal festif dans la lignée de Skyclad. Dans le public, certains spécimens mâles, eux aussi en kilt, n’hésitent pas à laisser bien en vue leurs attributs génitaux pour un concert finalement couillu et annonciateur d’une journée débridée. Devil Driver avait placé le niveau sonore déjà bien haut. Chimaira ne pouvait que relever le défi. Sur la grande scène, les riffs poids-lourds s’enchaînent avec Resurrection, Nothing Remains ou Severed. Les râles démoniaques d’un Mark Hunter sans ses dreadlocks font de ce concert un cauchemar pour qui n’est pas féru de plaisirs extrêmes. Entre thrash et hardcore : un avant goût de Slayer. Comme pour annoncer Amon Amarth, le vent du nord commence à souffler sur la Belgique. L’avant-garde viking lance le premier assaut sur le Marquee I. Séquence « battle metal » avec Turisas. Dans la foule, les haches gonflables font leur apparition pour un grand carnaval sanguinolent, juste pour se payer une bonne tranche de rigolade. Car ces vikings-là étaient surtout de passage en Belgique pour faire la fête à grand renfort de "drinking songs". On retiendra en particulier un excellent moment avec le titre on ne peut plus explicite : One more ! Premier gros morceau de ce dimanche, avec Black Label Society. Etant donné que Zakk Wylde doit assurer à la guitare quelques heures plus tard avec Ozzy Osbourne, le bonhomme n’a pas forcé sur la bière. Mais il ne failli pas à sa réputation de brute épaisse au cœur tendre, tapant des poings sur son torse et laissant quelques minutes de gloire à un petit garçon gratouillant sur une guitare plus grosse que lui. Outre ce style redneck qui en énerve plus d’un, chacun s’accorde sur un point : Zakk Wylde est définitivement la réincarnation de Randy Rhoads, à la fois bluesy et classique, efficace et démonstratif. Et que dire du chant si ce n’est que le chevalier servant pourra dignement prendre la place de son maître, quand Ozzy aura décider de tirer sa révérence. Quant à la setlist, c’est à tomber à la renverse. Et forcément pas assez exhaustif. Le premier uppercut se pointe avec New Religion. On enchaîne les coups avec l’oppressant Bleed For Me et son refrain planant. Suivent Been A long Time, Suffering Overdue, l’excellent Suicide Messiah, l’incontournable Fire It Up avec mention «headbanging obligatoire». Puis s’amènent Black Mass Reverend, Concrete Jungle et Stillborn. On regrette juste l’absence de Genocide Junkies. Et dire que ça va tuer encore plus dans la soirée…Retour en Midgard avec les Finlandais de Moonsorrow. Sous le Marquee I, la deuxième offensive viking est lancée. Nettement plus symphonique qu’Eluveitie et Turisas, il y a avec Moonsorrow comme un petit goût d’Amorphis, arrangements aux claviers obligent. On notera surtout le titre Sankarihauta et l’introduction sur fond de… jazz. Comme quoi on peut afficher sa barbarie, le visage recouvert de peinture rouge, et avoir un semblant d’humour. D’autres nordiques étaient programmés un peu plus tard sur la grande scène mais dans un registre complètement différent. Avec les Suédois d’Hammerfall, les rythmiques sont prévisibles à des kms à la ronde, les refrains aussi. Allez savoir pourquoi, même avec ce chant haut perché, ça passe toujours aussi bien. Une mixture toujours mélodique en témoignent Templar Of Steel ou Renegade. La Scandinavie regorge d’excellents groupes de death metal mélodique mais il est là aussi parfois difficile de comprendre l’engouement pour Children Of Bodom. Il est vrai qu’Alexi Laiho, nouvelle coqueluche de ses dames, assure le spectacle, même s’il gratifie le public de solos un peu trop « remplissage » à notre humble avis. Heureusement, des compos comme Needled 24/7, Hate Me, Everytime I Die, Downfall, Children of Decadence, Are You Dead Yet, Mask Of Sanity ou Angels Don’t Kill ont de quoi booster l’assistance.Un peu plus tard sous le Marquee II, c’est le hardcore qui fait cette fois des ravages. Les Américains d’As I Lay Dying malmènent le public. Entre les rythmes épileptiques et les mélodies radiophoniques, chacun peut y trouver son compte. Belle prestation pour un groupe qui mérite une plus grosse scène. La nuit tombe sur Dessel. Slayer déboule sur la mainstage façon marteau pilon. Ça joue carré mais le strict minimum. Kerry King fait son show, Dave Lombardo et Jeff Hannemann tiennent la route. Difficile en revanche de pardonner l’attitude de Tom Araya qui se fiche visiblement de chanter un peu trop loin du micro. C’est un live à la Slayer mais dans un festival. Il est vrai que, quelques semaines plus tôt, à La Laiterie à Strasbourg, le groupe avait placé la barre bien plus haut. Au Graspop, ces Américains ont sans surprise tout rasé sur leur passage. Mais il y a mieux. Dernier assaut scandinave de la soirée avec les Suédois d’Amon Amarth. Tout simplement la claque magistrale de ce festival, question d’ambiance. Avec 12000 personnes sous le Marquee I, le râle uniforme du public prend une autre dimension, galvanisant. Devant cette armée à moitié déguisée, Amon Amarth déploie toute sa puissance. Dans le public, on ne compte plus les haches gonflables levées au dessus des têtes coiffées de casques à cornes. Certains ont carrément sortis boucliers et épées en plastique pour se lancer dans le jeu de celui qui fera le plus de bruit en les entrechoquant. Même scénario sur scène, mais cette fois pour de vrai. Le show démarre tout bonnement par un combat d’escrime médiéval. Les Joms Vikingers, recouverts de cottes de mailles, luttent avec des épées en vrai fer qui fait très mal et des boucliers en vrai bois d’arbre qui éclatent bien. Résultat de la simulation… un cadavre à trainer en backstage. Sur cette scène devenue champ de bataille, ça frappe fort avec Cry Of The Black Birds, Fate Of NornsDeath In Fire. Les bardes suédois, gros nounours anti boy’s bands, n’ont pas de complexe pour les abdos Kro, les poils sous les bras et la transpiration des jours de gloire. Rien que du naturel pour un concert des plus authentiques. Ici on ne triche pas avec le public, on lui donne tout et trinque à sa santé. Les combats reprennent avec An Ancient Sign et Runes To My Memory. Les têtes se remettent à tourner. Voilà que six lanciers armés de la tête aux pieds font une haie d’honneur au groupe. Si avec ça ils ne gagnent pas leur place à la droite d’Odin…Les survivants de ces raids scandinaves avaient établi leur campement au pied de la grande scène pour assister au concert tant attendu du Prince of Darkness. Le roi des Angles et des Saxons n’allait pas se laisser voler la vedette par toutes ses hordes d’hommes du nord. À bientôt 60 ans, Ozzy Osbourne n’a pas dit son dernier mot. Et le concert de clôture de ce dernier jour de Graspop fut tout bonnement le meilleur de tout le festival. D’abord parce qu’Ozzy n’a pas oublié d’où il vient et pourquoi on vient le voir. La set-list ne fut rien d’autre qu’un super best of des trois périodes de sa vie d’artiste : Black Sabbath, la collaboration avec Randy Rhoads et la renaissance avec Zakk Wylde. Ensuite parce que le Madman est entouré d’une véritable dream team. Outre Zakk Wylde, archétype du guitar hero, on remarque la présence de Mike Bordin, ancien batteur de Faith No More et de Rob "Blasko" Nicholson, ex-bassiste de White Zombie. Le dernier arrivé dans ce commando de choc n’est autre qu’Adam Wakeman, tête pensante du groupe de rock progressif Headspace et fils de Rick Wakemann le fameux claviériste de Yes qui a lui aussi tourné avec Ozzy. Ça joue méchamment bien et avec un son à scotcher les plus exigeants. D’ailleurs tout était concentré dans la sono, rien dans les lumières, même pas une poursuite. Il est 22h15, quand retentit le Carmina Burana de Carl Orff. La setlist est une tuerie. On attaque gentiment avec le très mélodique Bark At The Moon. Première bonne surprise : la voix d’Ozzy tient encore la route, c’est bon signe pour la suite. Arrive un Mr. Crowley tout en puissance. Zakk Wylde s’en tient à respecter le jeu de Randy Rhoads. Passage obligé ensuite avec Not Going Away, un morceau du dernier album, Black Rain. Les choses sérieuses commencent avec un bon vieux War Pigs. Cette fois le public est chauffé pour encaisser dans la foulée Believer, Road To Nowhere et le très controversé Suicide Solution, avec en prime une grosse douche. Par 15° C, le Madman sort un gun branché sur un jet d’eau et s’amuse comme un gosse. Les premiers rangs trempés, eux, doivent moins rigoler. Deuxième moment prévisible, Ozzy s’éclipse pour marquer une pause. Zakk Wylde prend les devants avec le classique interlude en solo estampillé années 80. Le show reprend avec I Don’t Know puis Here For You, autre titre du dernier album. Et, soulagement, voilà que résonnent les premières notes du morceau ultime : No More Tears. Totale extase, c’est l’aboutissement qui efface tout ce qu’on a entendu pendant ces trois jours de festival. Que dire du solo ? Un morceau d’anthologie. Le Graspop se transforme en paradis pour hard rockers. La pression s’accentue pendant que le groupe joue le très entraînant I Don’t Want To Change The World. Pour mériter la suite, il faut amuser la star en hurlant « One more song! One more song! ». Le rappel se fait sur Mama, I’m Coming Home. Et voilà que les enceintes crachent un « All aboard ! Hahaha, aye, aye aye… ». Et c’est reparti de plus belle avec Crazy Train. Le final est là aussi prévisible. Ozzy ne pouvait pas quitter la Belgique sans interpréter le tube interplanétaire de Black Sabbath : Paranoid. Carrément jouissif.Voilà, c’est fini. On regagne la France heureux, avec l’impression d’avoir écrit un petit bout de la longue histoire du rock, mais aussi avec un pincement au cœur. Ce sentiment qui donne l’impression qu’on ne revivra jamais plus un tel week-end. Car il est rare d’assister à un festival avec une quarantaine de groupes reconnus sur les 70 programmés, et dont très peu ont déçu. Ils étaient d’ailleurs si nombreux qu’il a fallu ici faire des choix (un sur deux), ne pas parler de StoneSour, Mastodon, Therion, Pain Of Salvation, Grave Digger, Cynic, Textures, Brutal Truth… la liste est longue, trop longue. C’est certain, il sera très difficile de retrouver un festival aussi énorme. (Alex Marini)