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 Juillet - Août 2002

 

 

 

INTERVIEW DE CARL VERHEYEN (GUITARISTE) DE SUPERTRAMP

 

Après plusieurs dizaines d’interviews réalisées avec différents groupes, je me suis rendu compte que la notoriété des musiciens ne leur empêchent pas la simplicité et la gentillesse. Au contraire et ce n’est pas l’interview de Carl Verheyen, guitariste de Supertramp depuis dix sept années et également guitariste de blues sous son propre nom qui me contredira. Une attitude que devrai d’ailleurs méditer quelques groupes qui débutent. D’ailleurs, pour s’en convaincre, il suffit de lire la longue interview que m’a accordé ce sympathique guitariste lors de son passage avec Supertramp à Strasbourg le 26 mai dernier. (Yves)

 

 

Quand et pourquoi as tu choisi un jour de jouer de la guitare ?

Je pense que j’ai été très influencé quand j’étais enfant et que j’ai entendu les tubes des Beatles à New York. Mon cousin plus âgé les regardait à la télé et à partir de ce moment là, j’ai su que je voulais faire de la musique. J’ai également écouté les disques de mes parents comme Frank Sinatra ou encore des artistes brésiliens. J’ai également écouté du jazz, mais c’est avec les Beatles et notamment John Lennon et surtout Georges Harrison que j’ai été soufflé !!! puis j’ai écouté les Byrds avec Roger McGuinn à la guitare et c’est devenu également une grosse influence. J’ai eu ma première guitare à mon onzième anniversaire et j’ai pris ma première leçon de guitare le même jour. J’ai commencé à pratiquer assidûment et depuis trente sept ans, je joue presque  tous les jours. Je peux dire qu’en règle générale, je ne joue pas pendant cinq jours dans l’année. J’emmène toujours ma guitare, même en vacances et je peux dire que j’ai presque une relation physique avec celle-ci. Je pense que si tu aimes vraiment ton instrument et que tu t’entraînes beaucoup, cela devient presque comme mystique. J’ai trouvé mon équilibre en jouant de la guitare, c’est mon âme.

 

Ne penses tu pas qu’actuellement, il y a trop de guitaristes qui jouent trop technique au détriment du feeling ?

Je pense que ç’a toujours été le cas. C’est une chose physique que de jouer de la guitare, comme d’ailleurs tous les instruments. La guitare est d’ailleurs un des rares instruments qui ne peut être programmé à l’image du piano. Mais pour jouer rapide, il faut beaucoup s’entraîner, mais il ne faut pas le faire en voulant faire des Olympiades. Je peux jouer rapide, mais ce n’est pas ce que je recherche.

 

N’est tu pas un peu déçu en écoutant les morceaux qui passent actuellement à la radio ?

Il m’est arrivé quand j’écoutais la radio que j’avais envie d’acheter l’album qui passait, mais c’était en écoutant principalement des stations pop. J’écoute pas mal de jazz, de classique, de la musique cubaine. J’ai découvert les Blind Boys d’Alabama qui est un groupe de vieux noirs qui jouent du gospel et c’est vraiment super.

 

Tu as un site internet très développé. Que penses-tu de ce nouveau média ?

Je pense qu’en tant que musicien, nous allons vers un immense changement. C’est une évolution comparable à celle qu’à entraîné l’apparition des disques. Quand ceux-ci sont sortis et les possibilités d’enregistrement, tout le monde a dit : mon Dieu, c’est la fin du monde, nous allons perdre nos boulots de musiciens, nous ne pourrons plus jouer. En fait, en tant que musiciens, nous devons réfléchir comme utiliser au mieux les capacités de ce nouvel outil.

Il est vrai que c’est tellement facile de télécharger un morceau que c’est tentant, mais il faut savoir que cela peut aussi porter préjudice à l’artiste, car si ce dernier ne vend plus d’album, il ne pourra plus enregistrer d’autre album. Si j’aime un album, je vais l’acheter, car je suis un collectionneur.

 

As-tu pris beaucoup de leçons pour jouer de la guitare ?

J’ai appris beaucoup moi-même, mais j’ai pris des leçons dans les seventies avec un gars John Dorio qui m’a appris à écrire mes idées. Chaque jour, ce que je joue de nouveau ou de différent, je le note dans un journal. J’ai maintenant trente volumes dans lesquels j’ai mis plein d’annotations sur mon jeu. C’est vraiment super, car quand je me lève et que je prends un gros cappuccino et que je n’arrive pas à trouver l’inspiration pour jouer, je prends un de mes volumes et je peux voir ce que j’ai joué il y a quelques temps et  cela peut m’inciter à  améliorer ce que j’avais écrit. C’est un super moyen pour améliorer son style.

 

Quelles sont les qualités pour écrire un bon morceau ?

J’ai beaucoup les textes dans ma musique et une bonne mélodie. Il faut avoir quelque chose à dire. J’aime beaucoup la construction dans les morceaux. Il faut qu’il y ait une ligne directrice.

 

Tu joues avec Supertramp dans des grandes salles alors que tu joues avec ton propre groupe dans des petites salles. Quelle est ta préférence ?

Avec mon groupe, nous jouons devant trois cent à six cent personnes alors qu’avec Supertramp c’est entre six mille et douze mille personnes par soir. C’est vraiment un groupe de gars supers et j’aime vraiment jouer avec ce groupe avec tous ces superbes morceaux. D’un autre côté, c’est très facile, car les gens ont payé pour entendre ces morceaux. Avec mon groupe, c’est différent et c’est toujours un challenge, car les gens qui ont acheté leur billet ne savent pas à quoi s’attendre. Tu dois convaincre le public.

 

Tu préfères être en studio ou être sur la route ?

C’est une question difficile car j’aime les deux. D’un côté être en studio a un côté très créatif, alors qu’être sur scène représente l’expression de l’artiste. C’est vraiment un privilège d’être en tournée et de ne pas s’inquiéter sur tous les aspects qui tournent autour de la musique (sound check, …). Les gens qui pensent qu’être en tournée c’est difficile perdent l’essentiel, car c’est vraiment un privilège d’avoir la liberté de pouvoir jouer sa propre musique. C’est dur mais c’est super.

 

Justement, est-il possible de concilier musique et vie familiale ?

C’est vraiment un déchirement lorsque je quitte ma famille. J’ai un garçon de sept ans et j’ai une femme magnifique avec qui je suis marié depuis de nombreuses années et j’essaye de les faire venir toutes les six semaines. Avec mon propre groupe, cela ne pose pas de problème, car la tournée dure seulement quatre semaines. Mais avec Supertramp, la tournée dure quatre mois et cela est vraiment dur. Ma famille m’a rejoint à Paris puis ils m’ont suivi en Italie puis de nouveau à Paris et enfin à Monaco.

 

Le mot de la fin :

J’aime vraiment la France, les gens, la cuisine, les villes. J’aimerai également dire quelque chose aux musiciens : si vous souhaitez devenir musiciens, pensez au long terme et pas seulement à devenir des vedettes. Apprenez tous les styles de musiques.